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Ce tableau de Magritte qui s’intitule « Clairvoyance », nous enseigne mieux que tout commentaire savant sur ce qu’est la psychanalyse. Par l’alchimie mystérieuse de l’artiste, il nous en donne une intuition directe.                                                                                                   Sans doute n’était-ce pas là l’intention de René Magritte. Sans en avoir aucune certitude, on peut penser qu’il a réalisé dans cette œuvre son auto portrait...Pas l’auto portrait de l’homme…mais sans doute celui de l’homme artiste…de l’homme peignant...de ce qu'est pour lui un artiste peintre...de ce qu'il est, lui, en tant que tel. D’une certaine manière, il nous fait vivre,à même  son art, sa manière singulière de concevoir son acte créateur, "son savoir s’y prendre avec la  peinture". Une sorte « d’art pictural » élaboré à même la pratique,  comme on dit « art poétique » pour les poètes.

                    Alors qu’est-ce que peindre pour Magritte ?

Sa tête est résolument dirigée vers la table. Son regard est figé sur l’œuf…Il l’a à l’œil…il le couve des yeux…l’œuf…sous le projecteur du conscient…la maîtrise du conscient. Les plis de sa veste dans son dos témoignent de l’intensité de la torsion du buste et de son investissement dans l’acte de regarder.
                     Qu'en est-il de sa main ?
…Elle fait à sa guise…elle échappe au contrôle du regard occupé ailleurs…elle n’en fait qu’à sa tête. Ce faisant, elle révèle à la lumière, sur l’écran de la toile, ce qui était en gestation, prêt à éclore, poussé par le désir et la pulsion de vie.  Hors la censure du conscient, pris par la main, vient se révéler, éclore à la vie le « non-né » , décorseté du refoulement. En fin de compte, c‘est toujours lui, l’inconscient, qui a la main…
                                                                                                                                        
C’est ainsi que me semble fonctionner la psychanalyse dans la pratique de la cure. De l’inconscient au conscient…comme…de l’œuf à l’oiseau…l’inconscient comme ce qui échappe au regard…à la maîtrise…à la tyrannie du conscient...à la censure. Un inconscient qui a donc sa propre dynamique, en tant que retour du refoulé, ce qui lui permet de se défaire de la pression du regard. L’inconscient coupe au peintre le regard, comme il arrive qu’il  nous coupe la parole dans l’expérience de la cure par le travail du dispositif...Mais aussi dans la vie. L’inconscient est coupure. Si la psychanalyse emprunte à la science sa rigueur et ses exigences logiques lorsqu’il s’agit pour elle de s’expliquer de son fonctionnement, en rendre raison,  elle est structuralement homologue à l’art dans son expérience, le vécu de la cure et ce qui s‘en produit.